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Joseph Bonnet, conscrit en 1870

En France, le service militaire devient obligatoire pour les hommes par la loi Jourdan de 1798.
Tous les hommes valides ayant 20 ans la même année appartiennent à une classe de recrutement, ils sont recensés à la fin de l’année de leur 20 ans.
Puis en janvier, tous les hommes de la classe se rendent au chef-lieu du canton, en tenue de conscrit.


Un premier tirage au sort détermine l’ordre dans lequel les communes vont être appelées. Puis, pour chaque commune, on appelle les hommes dans l’ordre alphabétique pour le tirage au sort d’un numéro. La pratique du tirage au sort a été utilisée de 1804 à 1889.

Ce numéro permettra de classer les hommes et de les répartir dans 2 groupes :
– le premier groupe contient les petits numéros dits les “mauvais numéros”, ces hommes feront le service militaire complet.
– le deuxième groupe contient donc les plus gros numéros dits les “bons numéros”, ces “chanceux” pourront ne faire qu’un an de service militaire, voire seront libérés définitivement de toute obligation militaire.

Ce n’est que quelques mois après le tirage au sort que chaque commune sait jusqu’à quel numéro va le premier groupe. L’attente devait vraiment être longue pour ces hommes.

Ensuite, vient l’étape du conseil de révision obligatoire pour tous les futurs soldats qui partiront au service militaire.
Le conseil de révision verra défiler chacun des hommes et permettra de juger les aptitudes physiques et de donner des dispenses ou des exemptions si besoin.
(ces informations sont tirées d’un article sur le net – voir cet article)

Les informations collectées sont rassemblées dans les registres du recensement militaire qui ont été numérisées par les AD de l’Ain et je me sers souvent, comme d’autres généalogistes, de ces listes pour préciser la vie d’un ancêtre mais ce n’est possible que pour une période assez récente. En effet, les registres matricules du recrutement militaire ne sont créés qu’en 1867 et ne seront plus tenus à partir de 1940.
Les registres matricules de l’Ain sont répartis en deux collections : l’arrondissement de Bourg-en-Bresse et l’arrondissement de Belley, suivant un découpage administratif militaire, qui n’est pas celui des civils. Marboz dépend de Bourg-en-Bresse.

Ils contiennent l’état civil du conscrit, sa description physique et ses états de service (affectations dans l’armée d’active, périodes régulières d’exercices) ainsi que ses adresses successives et ce tout au long de son service obligatoire.
Celui pouvait être très long (jusqu’à 28 ans) selon les époques avec différentes d’affectations dans l’Armée d’active, puis la Réserve de l’armée d’active, passage à l’Armée Territoriale, puis dans la Réserve de l’Armée Territoriale et enfin la libération définitive.

Courant de l’année 1869, l’année de ses 20 ans, Joseph Bonnet, mon arrière grand-père, fut recensé par la mairie de Marboz. Il fut convoqué pour le tirage au sort avec les autres conscrits au chef-lieu du canton (Coligny).
A son appel, il tire le numéro 30,  un petit numéro et donc un « mauvais » numéro, il passera donc devant le conseil de révision pour vérifier son aptitude au service armé et sera déclaré « Propre au service ». Les autorités militaires établiront à ce moment sa fiche matricule visible ci-dessous :

Case 52 Mle 17151 (page de gauche du rôle matricule – Bourg-en-Bresse 1869)
Case 52 Mle 17151 (page de gauche du rôle matricule – Bourg-en-Bresse 1869)

Sa date de naissance et sa filiation y sont clairement indiquées. Sa mère ainsi son père y sont désignés par leur prénom usuel. Il est mentionné que son père est décédé.

Suit son descriptif physique qui, à défaut de photographie, permet de se faire une idée très sommaire de son allure.  Joseph Bonnet avait les cheveux, les sourcils et les yeux châtains et mesurait 1,71 m. Il savait lire et écrire.
Il fut incorporé le 10 août 1870 dans le 27e Régiment d’infanterie de ligne, un très ancien régiment au passé glorieux en garnison à Dijon.

Pour transformer Joseph Bonnet de cultivateur en fantassin capable de se servir d’un fusil et de combattre, il fallait lui donner plus que les rudiments d’une instruction militaire mais l’Armée est pressée par la nécessité d’avoir des troupes fraiches au front. Aussi, celle-ci ne durera que 19 jours.

Pendant ce temps, le 27e de ligne est engagé dans diverses opérations militaires (l’affaire de Dieulouard près de Nancy, le 13 août – le siège de Bitche – le combat des Bois des Dames, le 29 août).

Carte des opérations militaires de la guerre de 1870-1871

Le 30 Août 1870, Joseph part pour le front. Il rejoint les troupes formant l’Armée du Rhin dans laquelle est incorporé son régiment au moment même où elles sont engagées dans la bataille de Beaumont dans les Ardennes françaises. L’armée française est écrasée et cela va précipiter la défaite de Sedan. Lors de ces combats, les Français perdent 1 800 soldats tués ou blessés, 3000 disparus dont 2 000 prisonniers, les Prussiens 3 500 soldats.

Après la reddition de l’empereur Napoléon III, le 2 septembre, c’est la fin du second empire.
L’avènement de la 3ème République,  le 4 septembre, n’arrête pas pour autant les hostilités et l’Armée doit se ré-organiser rapidement.
Le 27e RI devenu 27e régiment de marche est incorporé à la 1ère Armée de la Loire.
Joseph Bonnet est alors envoyé sur le front près d’Orléans. Il a le grade de caporal. Lors de la bataille pour Orléans, le 11 octobre 1870, Il est blessé par balle à l’avant bras gauche.

La guerre se termine le 28 janvier 1871 mais Joseph Bonnet doit rester sous les drapeaux puisqu’il fait ses cinq ans service militaire.
Plus tard, il recevra la Médaille Militaire pour cette blessure et sa participation à la guerre de 1870-1871 (« Campagne contre l’Allemagne »  du 30 août 1870 au 7 mars 1871).

Le 23 février 1871, il est affecté au 109e régiment d’infanterie de ligne et il rejoint l’armée régulière groupée à l’ouest de Paris, aussi appelée armée des Versaillais.

Suite au début des émeutes de la Commune de Paris le 18 mars 1871, Paris est encerclé par les troupes françaises régulières et commence alors le siège de Paris défendu par les 150 000 hommes de la Garde Nationale et les insurgés.

L’armée des Versaillais reprend les forts autour de Paris (Ivry, Issy), bombarde Paris  et puis investit Paris par le sud-ouest (porte de Saint-Cloud). Du dimanche 21 au dimanche suivant 28 mai 1871 (la Semaine Sanglante) , Les massacres commencent de part et d’autre mais les insurgés de la Commune sont repoussés progressivement vers le nord-est vers le cimetière du Père-Lachaise où auront lieu les derniers combats.
La Commune de Paris est écrasée. La répression va être terrible avec des milliers d’arrestations arbitraires et d’exécutions sommaires et en plus, beaucoup de ses membres sont exécutés en masse.
Quelques photos d’époque pour évoquer ces violences (Barricades, Paris en Ruines)

Après ces tragiques et sanglants événements, Joseph rejoint Chaumont (Haute-Marne), lieu de garnison du 109e de ligne  où la vie de garnison continue avec ses exercices, manœuvres et défilés dans la ville.

Entrée de la caserne du 109e de ligne

Le 1er mars 1872, il est affecté au 7e régiment de Cuirassiers en garnison à Lyon, caserne de la Part-Dieu.

7e Cuirassiers à Lyon : Sortie en fanfare de la caserneExercices dans la cour de la caserne
Il y restera jusqu’à son départ en congé d’attente de sa libération qui intervient le 30 juin 1875 après son affectation dans l’Armée de réserve.

Joseph ne sera pas  libéré de ses obligations pour autant, il doit encore effectuer des périodes d’exercices militaires au 4ème Régiment d’Artillerie, puis au 7ème Régiment Territorial d’Artillerie.
Sa fiche individuelle nous apprend qu’il a fait ces périodes d’exercices sans nous dire où.

Il est affecté à l’Armée Territoriale (7e régiment  territoriale d’Artillerie) au 1er juillet 1879, puis dans la réserve de l’Armée Territoriale au 1er juillet 1884.
Il sera libéré définitivement au 1er juillet 1895.

Du 10 août 1870 au 30 juin 1895, il se sera écoulé 25 ans pendant lesquels il pouvait être appelé aux Armées si les circonstances l’exigeaient.

Dernière péripétie de ses aventures militaires, quarante années après, Joseph se vit attribuer, fin 1931, la médaille commémorative de 1870-1871.
Médaille qui fut décernée à tous les anciens combattants de 1870-1871 pouvant justifier de leur présence sous les drapeaux, en France ou en Algérie, entre le mois de Juillet 1870 et le mois de février 1871 inclus.
Le Journal Officiel du 28 décembre 1931 relate cette attribution bien tardive.

Journal Officiel du 28 décembre 1931

 

La conscription et le service militaire ont profondément bouleversé le cours de la vie de Joseph. Le décès de son père en 1867 ne lui apportera pas les terres, ni l’argent nécessaires à s’installer et à vivre de son travail aux champs. Aussi, après juin 1875, comme il peut librement effectuer une activité civile,  il louera ses bras à son oncle,  Jean-Marie Bonnet au Tremblay, le hameau de son enfance à Marboz pour exercer le seul métier qu’il maitrise, celui de paysan.

3 ans après, il quittera le village pour aller s’installer à Charnod dans le Jura après s’être marié avec Marie Perdrix, une fille de Marboz. Dans quelle circonstances ? Rien ne nous est dit.

Etape définitive de ses pérégrinations, il s’installera à Arnans (Ain) en 1884 avec ses deux enfants mais sa famille  grandira encore. Le couple aura 12 enfants dont seuls 8 survivront.

Il décédera à Arnans le 4 juillet 1921. Son décès ouvrant une succession longue et difficile que J’ai évoqué dans un article sur ma grand-mère en donnant des détails de l’histoire de la propriété et des biens attachés sur Arnans (voir cet article).

 

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