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L’épave du B26 retrouvée

Pendant la seconde guerre mondiale, mon père, Clovis Bonnet, servait dans les FAFL (Forces Aériennes de la France Libre). Il était mitrailleur à bord d’un B26 en 1944 quand il fut abattu par la chasse italienne, puis fait prisonnier par les Allemands.


Le B26 s’est écrasé dans un champ près de Borgonovo après avoir bombardé Plaisance (Piazenca).
(voir son histoire à cette époque)

Pour moi, ce passé était lointain, caché bien loin de Toulouse en Italie du Nord et cette partie de l’histoire de mon père définitivement arrêtée.
Pourtant, en février 2019, je reçus un e-mail surprenant et tout à fait inattendu.

Luca Merli du groupe AircrashPo m’écrivait d’Italie pour m’informer que son groupe de chercheurs d’épaves aéronautiques dans la vallée du Pô avait localisé l’épave de ce B26.
Voici son message :

En 2008/2009, avec quelques membres de mon groupe, nous avons trouvé le Crash Point du B-26 Marauder.
A l’aide de détecteurs de métaux, nous avons récupéré des fragments de l’avion, mais il y avait peu de matériel en raison de l’intervention immédiate de soldats allemands et fascistes qui ont tout récupéré.
Il peut encore y avoir des morceaux d’aluminium aéronautique mais enfouis très profond, là où ont été créé deux grands cratères qui ont été recouverts.
Malheureusement, nous ne pouvons plus faire de recherches sur ce lieu car de nombreux panneaux photovoltaïques ont été installés.
Au cours de la dernière période, nous avons effectué des recherches non loin du lieu de l’accident, il reste encore les restes d’un immense dépôt de carburant allemand, il y avait 7 réservoirs souterrains, protégés par des structures en béton armé pouvant contenir 1 400 000 litres d’essence, et il y a toujours un abri anti-bombes conique, que nous nettoyons pour le rendre accessible aux écoliers en guise d’avertissement contre la guerre, en effectuant cette recherche et en recherchant des informations sur les dates des attentats qui ont détruit le pont sur le fleuve Pô

– Luca Merli, AircrahPO

J’ai immédiatement pris contact avec lui pour en savoir plus…
Luca Merli me donne des informations glanées lors de ses recherches et ainsi, j’apprends le nom du village près duquel l’avion s’est crashé, que les 4 membres de l’équipage qui sont décédés à ce moment sont toujours enterrés à Monticelli d’Ongina et leurs tombes soigneusement entretenues par les habitants du village.
A ma demande, il me transmet les coordonnées GPS précises du lieu du crash (45°04’08.56″N 9°55’51.75E) et moi de mon côté, je lui fournis d’autres renseignements.
En bref, de très fructueux échanges d’informations.

Avec ces renseignements et beaucoup de travaux de recherches, j’ai pu conforter mes hypothèses, les rendre plus solides et tenter de reconstituer les dernières minutes de vol du B26 n°37 et des dernières minutes de vie des membres de l’avant de l’appareil et aussi de mesurer la chance inouie que mon père Clovis Bonnet ait survécu à ce drame étant donné les circonstances (mitraillage par l’arrière de l’appareil, plus de communications radio à bord, premier saut en parachute dans des conditions exceptionnelles…)
Ensuite, après lui avoir donné mon adresse postale, j’ai eu le plaisir de recevoir quelques fragments de l’épave du B26 qu’il avait retrouvé à l’époque de ses fouilles.
Clovis Bonnet n’a pas pu les voir car il était décédé en novembre 2018.
Mais, c’est avec beaucoup de respect et d’émotion que nous avons regardé, mon frère Guy et moi-même, ces débris de carlingue sans valeur réelle mais ayant une grande charge émotionnelle….
De modestes témoins du passé tumultueux de mon père quand il avait tout juste vingt ans et aussi un rappel d’un passé où lui et tant d’autres se sont battus pour que nous vivions aujourd’hui en liberté et surtout en paix.
Cette page est un modeste devoir de mémoire et de respect fait à leur égard.
Puissions, nous et les générations futures, ne pas les oublier !

A l’aide des renseignements fournis par Luca Merli, j’ai pu faire une estimation des trajectoires suivies par le groupe de bombardement et par le B26 n° 37 dont le moteur droit était en flammes mais ce n’est qu’une estimation car je n’ai aucun plan de vol pour cette mission.
En effet, il m’a précisé que la mission consistait à bombarder un dépôt de munitions situé au sud-est de Plaisance (Piazenca) là où se trouve l’actuel parc Galleana.

Il faut savoir que

  • l’altitude de bombardement était de 3000m d’altitude à une vitesse d’environ 350km/h,
  • le pilotage du B26 était « très pointu » à cause de ses ailes courtes et de sa petite surface alaire,
  • le pilote avait perdu de la puissance à cause du moteur droit en feu et l’avion perdait de l’altitude très vite (400m environ par mn) mais son angle de descente était presque celui d’un atterrissage normal.
    Aussi maintenir sa trajectoire en ligne droite, autant qu’il le pouvait, était sa seule option pour tenter un atterrissage sur le ventre dans un champ,
  • l’avion a explosé en vol à 600m d’altitude au-dessus d’un champ près du village de Borgonovo à une vingtaine de kilomètres de Plaisance quand les réservoirs d’essence de l’aile ont été gagné par le feu,
  • le pilote avait ainsi maintenu, l’avion en vol en ligne droite pendant 6 à 7 mn pour parcourir cette distance mais il n’aurait pas pu continuer longtemps et se serait sans doute écrasé 1 à 2 mn plus tard s’il n’avait pas explosé en vol.
Les témoignages des survivants présents sur site (dans les airs ou sur terre) sont très contradictoires :

  • certains disent que les 4 membres de l’équipage de l’arrière ont sauté… mais :
    • Le mitrailleur de la tourelle supérieure arrière a été tué lors du mitraillage, il n’a pu sauté,
    • seuls les sergent Moal (mitrailleur tourelle ventrale) et Bonnet (mitrailleur de queue) ont sauté et survécu,
    • il n’y a pas de traces indiquant que le passager photographe (adjudant Jollivet) ait pu sauté et survivre
  • certains disent qu’un des deux pilotes a pu sauté…
    • ce n’est pas possible selon les témoignages, à moins que le pilote (lieutenant Cornet) est quitté son poste (?)
  • le corps du co-pilote (adjudant Despinoy) a été retrouvé criblé de balles à 200m du point de chute de l’avion mais
    • comme il a été touché lors du mitraillage et s’était effondré sur son manche bloquant le bombardier (sous-lieutenant Atger) à son poste, il a été vraisemblablement éjecté de l’avion lors de l’explosion mais il n’a pas sauté en parachute.
  • un témoin italien(enfant à l’époque) a affirmé avoir vu l’avion tenter d’atterrir, être parfaitement aligné et survoler le pays, a déclaré qu’il manquait un trappe de fermeture arrière et qu’on pouvait voir un homme debout près de l’ouverture,
    • était-ce le photographe (adjudant Jolivet) dont le parachute s’était emmêlé (aux dires de mon père, le sergent Bonnet, un parachute était pris dans la queue de l’avion) ?

Le site officiel de la Défense Nationale française « Mémoire des Hommes » dans sa partie « Militaires décédés au cours de la Seconde Guerre mondiale » recense seulement quatre membres d’équipage « Morts pour la France » (Atger, Cornec, Cornet et Despinoy).
Sur leur fiche individuelle, il est indiqué « accident aérien – s’écrase en parachute » pour Cornec, Cornet et Despinoy et « tué en service aérien commandé » pour Atger.

Je pense que seul le témoignage du Capitaine Guy de Blévennec, qui a mené l’enquête sur ce crash en Italie, est fiable quand il reporte les faits et indique que seuls les trois membres de l’équipage arrière ont pu sauté mais on sait que seuls Bonnet et Moal sont vivants en 1945, qu’est devenu l’adjudant Jolivet ?.
Dans sa lettre, la durée de maintien en vol est cohérente avec la distance parcourue par l’avion.
Luca Merli et son groupe, grâce à ses recherches et à sa persévérance pour identifier mon journal sur le web et me communiquer le fruit de leurs trouvailles, ont permis de faire vivre la mémoire de cet équipage d’aviateurs français des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL), pour certains, morts pour la France et pour les autres, survivants à cette épreuve et celles qui ont suivi.
Qu’ils en soient ici vivement remerciés.

Luca Merli et son frère Stephano lors de leurs recherches en 2008

Cliquez sur les images pour les agrandir

La trajectoire suivie par le B26 en détresse

Marquage du lieu de crash au milieu des panneaux solaires

Lieu du crash
Le hameau juste à côté du lieu du crashCimetière de Monticelli d’Ongina

Avec l’aimable autorisation de Luca Merli pour la publication des photos

Cliquez sur ce lien pour naviguer dans Google Maps et voir plus de détails sur le lieu du crash

(attention une nouvelle fenêtre va s’afficher)

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