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Deux enfants abandonnées

Gabrielle Froquet et Marie Antoinette Durafour sont nées, à presque 50 ans d’intervalle, à l’Hôpital de la Charité dans le 2° arrondissement de Lyon dans des conditions très similaires.

Gabrielle, le 7 décembre 1886 et Marie Antoinette , le 21 mars 1839.

Elles firent partie de ces enfants abandonnés qui, en cette deuxième partie du 19ème siècle, représentaient 3% de la population de l’Ain démontrant bien la vie misérable de leurs parents et leur impossibilité à les élever correctement dans une société très puritaine et conformiste aux conventions sociales qui pesaient lourdement sur la vie de chacun et où la « réputation » passait avant toute chose.

A cette époque, un enfant ne peut être conçu hors mariage. Il est donc voué au rejet de la société en tant « enfant du péché » et lorsque les familles sont mises au courant de la situation, par l’aveu, la dénonciation ou la rumeur, c’est avec le même souci de leur réputation qu’elles exigent de la fille-mère qu’elle répare sa faute en abandonnant son enfant. Car, une fille qui faute risque par son inconduite, de ruiner du même coup la réputation familiale et les espoirs de ses parents de lui voir faire un bon mariage, puisque dans les milieux les plus modestes les jeunes femmes n’ont souvent que leur virginité à faire valoir comme dot.

Un article très intéressant (Mères sans mari. Filles-mères et abandons d’enfants (Paris, 1870-1920)) écrit par Antoine Rivière fournit beaucoup d’explications sur ces filles-mère et leur situation à Paris et le département de la Seine. Situation et description restent valables pour les autres départements et surtout sur les zones rurales qui représentaient la majorité du territoire français de l’époque.

Pour faire face à ces très nombreux abandons, les autorités municipales se sont organisées de tout temps et au milieu du 19ème siècle, les Hôpitaux de la Charité permirent avec leur tour d’exposition d’offrir un lieu d’abandon plus favorable à la survie des nourrissons que les porches d’église et autres lieux publics, où ils restent parfois des heures, soumis aux injures du temps et de la nuit, avant que quelqu’un ne les découvre. (Histoire des tours d’exposition sur Wikipédia)

La mortalité dans ces hospices était effroyable. A Bourg-en-Bresse, entre 1811 et 1850,17,5% des enfants sont décédés à moins d’un mois, 37,6% à moins d’un an et 55,5% à moins de 10 ans et ces chiffres se retrouvent dans tous les autres hospices du 19ème siècle.

Placés en nourrice dès l’âge de 2 à 3 jours, ces enfants sont suivis par l’administration (Hôpitaux de la Charité jusqu’en 1849, Assistance Publique ensuite) jusqu’à 10-12 ans jusqu’à ce qu’ils soient en âge de travailler.

L’enfant continue le plus souvent de vivre dans sa famille d’accueil ou bien, il est mis en apprentissage chez un artisan, un commerçant ou dans une ferme car l’administration fait obstacle à la poursuite des études qui, pourtant, se démocratisent, condamnant ainsi les trois quarts des pupilles à la domesticité, à l’agriculture ou à l’artisanat et la moitié demeure dans la misère au sein d’un prolétariat rural.

Il faudra attendre 1923 pour que le placement chez des parents nourriciers, modestes ruraux rétribués, à la tête d’une famille nombreuse soit remplacé par un placement chez des parents adoptifs, couple sans enfants, citadins, désireux de fonder une famille autour de cet enfant.

L’hôpital de la Charité de Lyon a accueilli des pauvres , des vieillards et des enfants abandonnés dès sa construction en 1617 et ce jusqu’à sa destruction en 1934 pour cause d’insalubrité. De ce vaste ensemble de quatorze corps de bâtiments reliés entre eux et séparés en neuf cours, le tout dans le style austère qui convient à un hospice destiné à des déshérités (voir des photos anciennes dans ce lien Histoire de cet hôpital sur Wikipédia), il ne subsiste plus que le clocher (sauvé de la destruction par une pétition des habitants de Lyon) sur l’actuelle place Antonin Poncet.

 
Plan Hôpital de la CharitéLa tour de l’Horloge

Plaque commémorative

Pourquoi m’intéresser à ces deux femmes ?

Simplement à cause de leurs liens de parenté très étroits : Gabrielle Froquet est la mère de Clovis Bonnet, mon père. Elle est aussi la petite-fille de Marie Antoinette Durafour.

Ce qui fait de Gabrielle, ma grand-mère et de Marie Antoinette, mon arrière-arrière grand-mère du côté paternel.

Aussi, il y a deux récits : un pour évoquer l’histoire de Gabrielle Froquet et un pour évoquer celle de Marie-Antoinette Durafour.

Lire le premier récit : Marie Antoinette Durafour  

 

  Lire le second récit : Gabrielle Froquet

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